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Vous devez donner une conférence ou participer à un panel et vous aimeriez optimiser vos réponses et votre présence sur scène, et vaincre le stress qui vous scie les jambes. Nous vous offrons ici quatre conseils qui font appel à des techniques de relations publiques, de psychologie sportive, de psychologie sociale, de méditation et… à notre expérience en tant qu’humains.

1. Préparez vos messages

Bon, assez de base. Mais le vrai conseil ici est de ne pas en préparer trop. Je m’explique.

Avant un panel, on est en droit de demander qu’on nous envoie les questions qui seront posées afin de bien les préparer. Idéalement, une rencontre avec les autres panélistes, préalable à l’événement, permettrait de mettre en exergue les zones de différence et les opinions qui s’entrecoupent. 

Mais surtout, pour chaque question, il est important de ne pas avoir plus que deux messages clés qu’on souhaite faire passer (à la limite trois, mais c’est vraiment limite). L’idéal : un. Un seul message fort par réponse qu’on souhaite que l’auditoire retienne. C’est aussi le contenu auquel on va vouloir se coller si jamais notre esprit divague ou le stress brouille nos propos. 

Le fait de connaître d’avance nos messages, voire certains mots qui nous semblent importants à placer, ne nous empêche pas d’élaborer sur le thème, mais cela devient la base sur laquelle se fonde notre réponse. En relations publiques, on parle justement de lignes de presse, soit des lignes comme celles de la route qui nous tiennent droits dans notre fil narratif. 

If your words are simple, people can understand them. If people can understand your words, they can repeat them. - Simon Sinek

Parfois sur-utilisées par certains politiciens au point de s’attirer la critique de «langues de bois», ces lignes ne doivent pas nous empêcher d’être authentiques et sincères. Leur but est de nous préserver du risque de nous égarer et elles nous aident advenant des questions plus sournoises.

Il peut être utile également de préparer quelques sous-messages qui pourront enrober le propos principal et couvrir les angles morts, surtout si l’animateur vous pousse dans un coin avec une question imprévue. 

En résumé, pour chaque question, il sera donc judicieux de : 1) rédiger le message que l’on souhaite soit retenu par le public, et 2) imaginer quelques sous-questions plus pernicieuses et rédiger des sous-messages qui couvrent les zones grises, afin de prévenir les sales coups (et peut-être amener une profondeur additionnelle à votre idée).

2. Utilisez le mental à votre avantage

Celle-ci, je l’avoue, je l’ai empruntée aux athlètes olympiques, qui entrainent autant leur corps que leur mental. Car le cerveau ne connaît pas la différence entre expérience vécue dans la réalité ou juste dans l’esprit.

Alors, avant une conférence, essayez de connaître les détails de l’endroit, si c’est un événement en personne : est-ce un grand auditorium ou une petite salle? Combien de personnes? Serez-vous debout ou assis? Qui d’autre sera sur scène avec vous? 

Ensuite, imaginez les gens que vous rencontrez en allant dans la salle, les gens que vous rencontrez sur place, imaginez-vous confiant.e, souriant.e, à l’aise, vous serrez des mains, vous croisez des regards avec sérénité, vous échangez librement. Projetez-vous dans cet avenir où vos paroles seront fluides et vos gestes en accord avec vos propos. Où vous êtes habile et rapide à trouver des réponses, où vous gardez l’esprit calme en tout temps. Imaginez des regards bienveillants sur vous et sentez que vous livrez un discours cohérent, intéressant, avec fluidité. Sentez votre corps se détendre et se déplacer avec naturel, vos mains souligner vos paroles de manière juste, vos sourires et vos gestes de remerciement être à point. 

Faites-le comme exercice méditatif, une dizaine de minutes par jour les jours précédant l’événement et le jour même, dans un endroit où vous ne serez pas dérangé.

Sentez en vous la joie profonde d’être là ainsi que la gratitude de l’attention reçue. Lorsqu’on associe une émotion forte à une expérience, cette dernière s’imprime dans notre esprit. Vous pouvez ici choisir d’associer des émotions hautes et agréables à votre panel ou conférence. Comme dit, votre cerveau va le croire et le moment venu, il va travailler avec vous, en accord avec ces projections. 

NB L’inverse est vrai aussi, attention! Si vous vous programmez à ce que ce sera un fiasco total, vous risquez d’interpréter l’expérience ainsi, peu importe l’issue, ou même de contribuer à son échec.

3. Utilisez votre corps pour faire descendre le stress

Avant une prise de parole en public, recoupez-vous quelques minutes dans un endroit où vous ne serez pas dérangé (aux toilettes, par exemple) pour adopter des poses de pouvoir, comme les mains sur les hanches avec les pieds larges, ou bien les bras montés au ciel en signe de victoire. Cherchez de faire ceci plutôt que de regarder votre cellulaire ou vos notes compulsivement.

Cette technique est devenue très populaire après la conférence de la psychologue sociale américaine Amy Cuddy, qui est maintenant aussi la deuxième vidéo la plus visionnée des conférences Ted Talk. Dans son livre (Amy Cuddy, Présence), elle apporte d’ailleurs au concept une profondeur additionnelle et très intéressante. 

Le cerveau associe des poses de ce type à des situations de contrôle, de pouvoir, de succès. Le fait de garder la pose pendant au moins deux minutes enverra un signal à votre cerveau que vous êtes en contrôle, que vous avez de l’assurance. La production de cortisol (connue aussi sous le nom d’hormone du stress) va alors diminuer et celle de testostérone va augmenter.

Amy Cuddy démontrant sa théorie de la "prise de pouvoir" avec une photo de la super-héroïne de bande dessinée Wonder Woman
Amy Cuddy expliquant sa théorie de la « prise de pouvoir » avec une photo de la super-héroïne Wonder Woman

Le fait de conditionner votre cerveau, qui ne voit pas de différence entre réalité et fiction comme on le disait, vous permettra de vous sentir plus en confiance, de récupérer votre calme (ou du moins, une bonne partie) et de vous concentrer sur le fait de livrer une bonne conférence plutôt que sur toutes les causes de votre stress. 

En réalité, cette technique de conditionnement peut être faite à tout moment : il s’agit d’adopter volontairement des poses qui sont déjà inscrites dans nos gènes et utilisées couramment.

On ne cherche pas à ce que vous vous sentiez en position de domination par rapport à votre auditoire ou aux autres panélistes: on vise plutôt à ce que vous puissiez véhiculer vos propos sans l’interférence de votre mental qui voudrait vous rappeler que vous avez peur, ou de votre corps qui voudrait adopter une position plutôt de fermeture (jambes et bras croisés, dos vouté, mâchoire crispée, etc.) qui va déclencher la production de cortisol. L’intention ici n’est pas d’occuper toute la place et de donner l’impression d’être un.e alpha, mais de se sentir en confiance et aligné.e avec ce qu’on veut dire.

4. Aimez votre auditoire

C’est un point un peu fleur bleue, je vous l’accorde, mais très important et à l’effet réel. Car la peur de parler en public est l’une des plus répandues.

Faisons un exercice rapide de mise en situation.

Prenez une respiration profonde. Imaginez d’éprouver de la colère ou de la frustration envers quelqu’un. Votre corps réagit, c’est un fait: le cœur va battre plus vite, les mains vont peut-être devenir moites, vous allez commencer à transpirer, votre système digestif sera affecté.

Maintenant, respirez profondément à nouveau et imaginez une personne qui vous porte un amour pur et inconditionnel. Cela peut être un enfant, un conjoint, un parent, un ami, même un animal. Imaginez un trait que vous appréciez chez cette personne — son sourire, son rire, sa voix, une histoire qu’elle vous a raconté, par exemple. Vous allez ressentir en vous autant son amour que l’amour que vous éprouvez à son égard.

Votre public en est aussi sensible. Votre public, ce sont des personnes qui, tout comme vous et moi, ont besoin de créer ce lien et d’être reconnues. Et lorsqu’on se sent aimés, reconnus ou valorisés par quelqu’un, on est plus prédisposés à entendre ses propos, voire à les accueillir favorablement.

Alors, considérez les individus, pas la masse. 

Lorsque vous allez être sur scène, posez dans votre esprit une intention de bienveillance pour les personnes assises dans la salle. Parcourez les participants des yeux, offrez-leur votre attention (alors que ce sont eux qui sont venus vous écouter), arrêtez votre regard par moments et regardez-les avec amour. Oui, c’est possible. Regardez l’animateur.trice, les autres panélistes, et les gens dans la salle avec cette intention: cela va simultanément ouvrir une fenêtre sur vous. Pas besoin de forcer, on sait tous à quoi ça ressemble un élan de solidarité, d’affection, d’appréciation. 

Même si c’est par vidéoconférence et vous ne voyez pas les participants, essayez de poser une intention de bienveillance dans votre regard et votre parole — on le sent même en 2D.

Souvenez-vous du fait que ces gens sont là pour vous écouter, entre autres — ils peuvent ne pas être d’accord avec vos propos, mais honorez le fait qu’ils se sont déplacés pour vous entendre et qu’ils s’intéressent probablement aux mêmes thématiques que vous. 

Cet élan, qui puise dans cette humanité commune, va vous permettre de créer un lien et de vous rendre vous aussi, à leurs yeux, plus proche, plus accessible, plus intéressant. Vous en retirerez aussi une ambiance plaisante et un état d’esprit allégé.


En mettant en pratique ces quelques astuces, qu’intuitivement vous connaissiez probablement déjà, vous allez planer sur scène. Il faudra donc que vous vous souveniez que les autres, tout comme vous, ressentent vos intentions et retiennent quelques messages principaux, et que votre tête et votre corps peuvent être vos plus grands alliés. Et si des imprévus surviennent, vous serez outillés pour gambader sur les aléas comme un chevreuil dans le pré, en percevant les gens non pas avec anxiété, mais comme étant des complices du succès de cette conférence.